Parasites

Mulot sylvestreUbiquiste en Europe, le Mulot sylvestre, appelé parfois Mulot gris, occupe toute la France, y compris la Corse (fig. 63). En montagne, il fréquente encore les alpages parsemés de buissons au- dessus de la limite supérieure de la forêt. Il atteint donc 2 000 à 2 500 mètres d'altitude dans les Alpes. On le trouve dans la plupart des îles atlantiques. Il occupe l'île de Houat au large des côtes du Morbihan, mais manque sur l'île Hoèdic, très voisine.

Le Mulot sylvestre est un petit rongeur au museau pointu, nettement plus grand et plus clair qu'une souris . Il est caractérisé par le développement du pavillon des oreilles et la taille des pieds postérieurs, nettement plus longs que les antérieurs. Les yeux sont gros et saillants. La queue est longue et pourvue de poils courts, ce qui le distingue de la Souris domestique dont la queue est glabre. En outre, celle-ci est souvent tronquée (autotomie caudale). Le nombre des anneaux de la queue est en moyenne de 143 (120-170). La coloration, assez variable, va du gris au beige sur le dos. Les flancs sont légèrement plus clairs et le ventre n'est jamais totalement blanc. Il existe le plus souvent une tache pectorale de couleur fauve et de forme variable, mais ne dessinant pas un collier complet. Des écotypes, distingués par les couleurs du pelage et certaines mensurations, n'ont aucun statut de sous-espèce. Cette espèce présente une relation significative entre le poids somatique et la latitude. Ainsi les animaux passent progressivement de 18-20 g au nord à 30 g au sud de leur distribu tion. Le phénomène de gigantisme des populations insulaires, de règle chez cette espèce, est une réponse adaptative aux conditions locales.

D'une plasticité remarquable, c'est une espèce pionnière. On la trouve partout, ou peu s'en faut. Le Mulot sylvestre fréquente tous les biotopes qui ne sont pas totalement dépourvus de végétation herbacée parsemée de buissons, mais il est aussi à son aise dans les forêts de feuillus à sous-bois dense que dans les champs de céréales sur pied, les prairies ou les talus plantés du bocage. Il est cependant absent ou rare dans les forêts de conifères dépourvus de sous-bois. Il n'est pas rare de le rencontrer dans les habitations en hiver et au printemps, mais dès le retour de la belle saison, les mulots quittent les constructions pour s'établir en plein air, surtout si la nourriture commence à manquer dans les bâtiments.
Le terrier n'est pas très profond: il est de forme et de dimensions très variables (jus qu'à 2,5 m de longueur). Les mulots sylvestres y accumulent dans des chambres spé ciales des provisions, mais semblent peu les utiliser. La chambre est de forme ovale (15 cm de long) et tapissée de matériaux divers (feuilles, mousses...). Ces terriers ont de deux à six entrées, s'ouvrant généralement sous un buisson touffu ou même à l'abri d'une pierre. Ces rongeurs peuvent aussi occuper un terrier abandonné de campagnol, un trou entre deux racines. Excellents grimpeurs, ils occupent les nichoirs à oiseaux. Toutefois, lorsqu'ils sont surpris, ils ne cherchent pas refuge dans un arbre mais se coulent dans la première galerie venue.

Le domaine vital est de dimensions variables (300 à 10 000 m2), en moyenne de 1 000 à 2 000 m2. Ces dimensions sont fonction des habitats et par conséquent de la disponi bilité des ressources alimentaires. Il est plus grand chez les mâles. Des « excursions» à plus grande distance sont fréquentes (> 1 km) et sont souvent le fait d'individus non sédentarisés en phase de dispersion. Ce comportement explique la facilité des retours au gîte après un déplacement provoqué. Caractérisée par de grands yeux saillants et de grandes oreilles, cette espèce est adaptée à la vie nocturne. Le maximum d'activité s'effectue dès le coucher du soleil. Une seconde période importante apparaît avant l'aube et, entre les deux, il y a plusieurs bouffées d'activité plus irrégulièrement répar ties. Mais le rythme est fonction de la saison, de la disponibilité alimentaire, du sexe, de l'activité sexuelle. Les mulots n'ont que peu de cheminement fixes : ils sont capables d'explorer le moindre centimètre carré de leur domaine.

Cette espèce est granivore, voire omnivore, et adaptée à une alimentation hautement assimilable à faible teneur en cellulose. Mais sa morphologie intestinale lui permet de réagir aux variations des ressources alimentaires suivant la saison et l'habitat. À l'occasion, le Mulot sylvestre devient carnivore. La partie végétale de son alimentation est sur tout composée de graines (jusqu'à 70 % environ, en poids). Ce sont les graines du tapis herbacé et des arbustes, des baies de rosacées dans les haies et les taillis. Les fructifica tions des mousses sont activement recherchées du fait de leurs richesses en lipides. Ils mangent des glands et des faines tout au long de l'hiver et lors de leur germination. Il y a beaucoup de baies dans les estomacs analysés en septembre. Les invertébrés font partie du régime du printemps et de l'été. La nourriture d'origine animale peut dépasser 20 % du poids total (escargots, lombrics, insectes...). Les mulots acceptent volontiers les insectes (orthoptères) en captivité et se délectent apparemment de larves de Tenebrio qu'ils dévorent en les tenant entre leurs membres antérieurs. Ils sont alors assis sur leur arrière-train et semblent sucer un sucre d'orge. Ils laissent soigneusement de côté la chitine et ne consomment que la chair. Les crottes ressemblent à celles des souris domes tiques mais sont un peu plus grandes et plus claires.

Les prédateurs naturels sont les carnivores et les rapaces. Toutefois le Mulot sylvestre, très agile, s'échappe facilement, d'autant plus que l'autotomie caudale lui permet de laisser un fourreau de poils de la queue dans les dents d'un agresseur et de s'enfuir. Les rapaces nocturnes en capturent relativement peu: d'une part les mulots circulent peu à découvert et d'autre part les campagnols représentent une biomasse beaucoup plus importante. Les mulots constituent la base du régime alimentaire des Genettes. Ce Viverridé fréquente surtout les biotopes où les mulots sont nombreux et semble s'être spécialisé sur cette espèce. Les vipères détruisent les portées au nid.

Le Mulot sylvestre peut se reproduire toute l'année en Europe occidentale où de nombreux cas de reproduction continue sont signalés. Il semble que l'activité sexuelle au cours de l'hiver soit en grande partie sous la dépendance de facteurs nutritionnels. En année normale, les naissances se produisent principalement entre février et juin et entre août et novembre. En région méditerranéenne le cycle est inversé. La portée comprend le plus souvent 4 à 5 jeunes (2 à 9). Le taux de reproduction par femelle semble assez faible pour les reproductrices de printemps et élevé pour celles d'automne.

Les observations réalisées en élevage montrent que la durée de gestation est de 20 jours, l'intervalle moyen entre deux mises bas de 27 jours et le nombre moyen de jeunes à la naissance de 4,1. Le nombre moyen dejéunes sevrés par portée est de 3,7. Les jeunes sont nidicoles et pèsent un peu plus de 2 grammes à la naissance. Les yeux s'ouvrent le 13e jour et le sevrage se produit entre 18 et 21 jours. Les jeunes nés au printemps peuvent se reproduire à l'automne qui suit leur naissance. Ceux des portées d'automne n'atteindront leur maturité sexuelle qu'au printemps de l'année suivante.

Les fluctuations locales ou régionales de la densité de population des mulots sont parfois si grandes et si paradoxales (augmentation de la densité en l'absence de reproduction) que l'hypothèse de mouvements de populations d'une grande ampleur a été avancée. Elle paraît vérifiée pour certaines zones de plaines ouvertes où la densité augmente brutalement à l'automne sans raison locale. En forêt, des déplacements (parfois décelables par des piégeages suffisamment étendus) permettent aux mulots de fréquenter les parcelles les plus favorables à la saison considérée. En fait, des mouvements de population s'effectuent en liaison avec l'exploitation des ressources. En zone bocagère, on constate ainsi un abandon partiel des haies du printemps à l'été pendant l'exploitation des parcelles cultivées, puis un retour massif a lieu durant l'automne après la récolte. Le maïs étant la dernière céréale récoltée, on constate souvent de très fortes densités en hiver dans les haies bordant ces cultures.

Les densités les plus faibles sont rarement inférieures à 1 individu par hectare, les plus fortes atteignent 50 à 100 individus par hectare. Le Mulot sylvestre entre en compétition avec le Campagnol roussâtre. Cette compétition tourne plutôt à son avantage. Quand les ressources sont suffisantes et les densités peu élevées, les deux espèces vivent en sympatrie et se répartissent l'espace. Plusieurs auteurs suggèrent d'ailleurs aujourd'hui que la distribution spatiale et la dynamique de population des rongeurs forestiers sont plus régulées par la compétition intraspécifique qu'interspécifique.

Par la consommation de semences forestières, le Mulot sylvestre peut compromettre la régénération de certaines parcelles. En revanche il participe à la mycorhization des arbustes en ingérant les champignons et en rejetant les spores dans les fèces au pied des jeunes arbustes. Inversement, l'homme a peu d'influence directe sur lui. Il le détruit dans les habitations comme les souris. Dans la nature, le terrier n'étant généralement pas en plein champ, cette espèce n'est pas affectée par les labours qui bouleversent les nids des rongeurs et détruisent les portées.

Nullement menacé, c'est probablement l'un des rongeurs les plus communs en France.

Extrait du livre "Les rongeurs de France" - H. Le Louarn, J P Quéré - Editions INRA

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