Parasites

Microtus arvalis (Pallas, 1778)

Le Campagnol des champs est une espèce à vaste répartition géographique qui occupe toute l'Europe de l'Ouest jusqu'au fleuve Jenissel. Elle est limitée par une double barrière climatique: au nord l'isotherme 16 0C de juillet et au sud une aridité estivale ou permanente. Ce campagnol est absent d'une partie du territoire français : l'extrême ouest du Massif armoricain (presque tout le Finistère et l'ouest des Côtes-d'Armor), les Landes et le sud de la région Rhône-Alpes. L'espèce est présente dans plusieurs îles atlantiques : Yeu, Oléron, Noirmoutier, Aix, Guernesey, ce qui pourrait correspondre à un peuplement relictuel remontant à la dernière glaciation. Ces populations considérées parfois comme des sous-espèces possèdent le même caryotype que les populations continentales. Cette distinction semble sans valeur, excepté pour les campagnols de l'île d'Yeu (animaux d'une couleur plus foncée et plus grands). Au contraire, les populations qui occupent les Alpes internes (Maurienne, Briançonnais) entre 1 400 et 3 000 mètres constituent peut être une entité spécifique ment distincte (Microtus incertus ou Campagnol alpestre), se distinguant morphologiquement par des yeux plus petits, et biologiquement par des barrières reproductives avec l'espèce type. Le statut de ces populations mériterait d'être précisé.

L'absence du Campagnol des champs de la région méditerranéenne peut être en liaison avec la sécheresse du climat et le manque de profondeur du sol. Dans l'Ouest de la France on peut penser à une limitation due au développement historique du bocage, peu favorable. Les plus fortes densités se rencontrent dans une bande de territoire pre nant la France en écharpe depuis la Vendée et la Charente jusqu'aux frontières luxembourgeoises et suisses. En montagne, ce campagnol est signalé au-dessus de 1700 mètres (à 3 000 mètres dans les Alpes internes et à 2 250 m dans les Pyrénées). Le Campagnol des champs est un rongeur de petite taille à tête ronde (planches cou leur). Les oreilles dépassent nettement la fourrure. La queue est courte, généralement unicolore. Il ne présente pas d'adaptations morphologiques à la vie souterraine. La coloration est gris-beige avec parfois une touche de jaune. Le dessous est plus clair, sans ligne de démarcation nette. Les soles plantaires sont rosâtres. La fourrure n'est pas très fournie. On ne compte que 5 900 poils au centimètre carré environ.

Le biotope préférentiel est constitué par les terrains enjachère sur sols profonds, couverts d'herbe rase et non soumis au labourage. Il colonise également les champs cultivés, les prairies temporaires, mais l'agriculture intensive lui est défavorable. Il est ainsi particulièrement abondant dans les luzernières des agrosystèmes à dominante prairiale. Il est encore présent dans les alpages, les talus herbeux du bocage et les lisières forestières. Plus que les habitats, c'est le type de paysage qui semble conditionner les densités de ce rongeur : il aime particulièrement les zones d'openfield où les réseaux de haies sont peu importants et beaucoup de surfaces agricoles vouées à la prairie naturelle.

Il creuse des terriers moins superficiels que ceux du Campagnol agreste, Microtus agrestis, constitués de très nombreuses galeries sans cesse remaniées. La plupart d'entre elles sont tout contre la surface, d'autres sont creusées à une profondeur d'une vingtaine de centimètres environ. L'orifice débouche le plus souvent sous une touffe, un buisson, une gerbe de céréales abandonnée sur le sol. Les sorties sont reliées par des sentiers au sol nu si elles sont régulièrement utilisées. D'autres coulées donnent accès aux lieux de nourrissage.

Le campagnol

Le domaine vital est de dimensions variables. Il est paradoxalement plus petit en hiver (25-50 mètres carrés) et plus grand au printemps et en été alors que la nourriture est la plus abondante. Mais ces dimensions sont liées aux interactions sociales et aux nécessités de la reproduction. Dans les zones les plus pauvres, la zone d'activité peut atteindre 300 à 500 m2 en été. Le changement de zone d'activité, spontanément ou par suite d'une perturbation (inondation, façon culturale) est très fréquent, surtout en été. Enfin le Campagnol des champs est, après la Musaraigne musette, Crocidura russula (Insectivora) le plus rapide envahisseur de terres « nouvelles » (terrains poldérisés, défrichements, remblais, etc).

Les Campagnols des champs sont surtout actifs pendant la nuit mais manifestent également plusieurs phases diurnes d'activité. On en compte au total de 8 à 10 par nycthémère pendant les 4 premiers mois de l'année tout au moins. Il semble que la phase la plus régulière soit celle qui suit immédiatdment le lever du soleil. L'activité serait plus accentuée durant les périodes humides.

Il existe de fortes fluctuations de la densité des populations. Elles ont fait l'objet de nombreux travaux essayant de fournir une explication aux pullulations plus ou moins régulières. Les densités minimales en fin d'hiver vont de la quasi-extinction à des valeurs moyennes de 200 individus à l'hectare selon les années et les régions. Ces fluctuations sont énormes et s'observent également pour les pics de densité qui peuvent dépasser les 1000 individus à l'hectare. De nombreux travaux ont permis de montrer que ces fortes variations étaient en relation avec la structure des paysages agricoles, les plus fortes densités s'observant dans les zones d'openfield où dominent la prairie, les jachères et la culture de la luzerne.

La structure de la communauté de prédateurs en place (rapports spécialistes/généralistes) selon le type de paysage semble jouer un rôle important dans la nature de ces fluctuations. Dans un type de paysage donné, la connaissance des conditions climatiques et l'analyse minutieuse de la structure démographique des populations à un moment déterminé permet de prévoir assez bien le risque de pullulation pour l'année de reproduction en cours.

L'alimentation est presque exclusivement végétale : c'est avec le Campagnol terrestre le plus grand ravageur des cultures. Le Campagnol des champs peut occasionner de gros dégâts dans les luzernières et les champs de céréales. Les grains sont dévorés encore verts. Il est difficile de déterminer la liste des espèces qui participent à son régime ; elle serait très longue, mais les campagnols ont quand même des préférences marquées qui se manifestent localement et peuvent varier en fonction des saisons. Ils emmagasinent des graines et surtout des parties souterraines de plantes dans leurs terriers. Les crottes sont un peu plus grosses et un peu moins allongées que celles des souris. Elles se distinguent mal de celles des Campagnols agreste et roussâtre. Les animaux les déposent souvent aux carrefours de leurs sentiers et de leurs galeries. Ces crottes ainsi que les coulées et terriers fréquentés servent de mesures indiciaires pour évaluer le niveau d'abondance des populations.

Les prédateurs du Campagnol des champs sont nombreux. Les petits et moyens carnivores (Belette, Hermine, Fouine, Renard...) sont des prédateurs très efficaces et il en est de même des serpents. Jusque récemment, un des argurments des destructeurs de talus plantés dans le bocage était que ceux-ci donnaient asile aux Campagnols des champs pendant l'hiver. C'est vrai, mais ils assurent surtout l'abri des prédateurs en toutes saisons et de nombreuses observations montrent encore aujourd'hui que ce campagnol a des populations plus stables et plus faibles dans les secteurs bocagers que dans les plaines ouvertes. Les rapaces comptent également parmi les prédateurs réguliers. Les pullulations de campagnols fixent un grand nombre d'espèces qui mènent à bien plusieurs couvées et, si l'action des rapaces n'est pas la cause déterminant la chute des populations, elle y contribue puissamment. Le Hibou des marais, le Hibou moyen-duc et la Chouette effraie sont parmi les plus efficaces. Une étude sur la reproduction du Busard cendré dans les marais agricoles charentais a montré que le nombre de jeunes oiseaux produits par une colonie nicheuse variait de 4 à 118 pour des densi tés estivales du Campagnol des champs variant de 8 à 140 individus par hectare. Le Héron cendré peut également faire des prélèvements importants dans les pâtures et les prairies fauchées quand les densités sont importantes. Le Hibou des marais se reproduit en Franche-Comté les années de fortes pullulations. Dans le milieu rural, ce sont les chats qui régulent le plus les populations dans les alentours immédiats des fermes et des villages.

La reproduction du Campagnol des champs débute précocement en hiver, même sous la neige en montagne, et se poursuit pendant toute la belle saison. Les adultes sont en activité sexuelle dès janvier-février dans l'Ouest de la France; en principe, ils le resteront au moins jusqu'en octobre. Toutefois de bonnes conditions clima tiques et nutritionnelles permettent à l'activité sexuelle de se poursuivre tout l'hiver. Les jeunes nés au printemps commencent très tôt à se reproduire. Une femelle âgée de 3 semaines peut être sexuellement active. La croissance est en effet très rapide lorsque les conditions optimales sont remplies et, dès le 40e jour, les jeunes dont le poids à la naissance était voisin de 2 grammes en pèsent déjà une trentaine. La moyenne d'embryons généralement observée est voisine de 5 (2 à 11). Le taux de reproduction peut être très élevé puisqu'on cite une femelle qui, en élevage, mit bas 127 jeunes en 33 portées. Dans la nature, il est bien entendu nettement plus faible: le « taux net de reproduction » d'une femelle, c'est-à-dire le nombre de filles matures qu'elle aura, varie d'un maximum de plus de 5 au printemps à une fraction infime de 1 en automne. Le taux sur 3 ou 4 générations (ce qui est le maximum possible en une saison de reproduction) ne dépasse jamais 100. Une densité moyenne régionale de 3 individus par hectare en mars peut aboutir à 300 par hectare en octobre (le coefficient de 100 est alors réalisé), mais une population partant de 50 par hectare a peu de chance de dépasser régionalement 700 par hectare (soit un coefficient de 14 seulement).

Les agriculteurs se préoccupent depuis fort longtemps des pullulations de campagnols. Les moyens de s'en protéger ont varié au cours des siècles. La lutte biologique semble avoir été négligée. Pourtant dès 1571, un duc de Bavière prit plusieurs décrets suspendant la chasse aux renards pendant les pullulations de campagnols. L'exemple ne semble pas avoir été suivi depuis L'espèce est actuellement l'une des plus surveillées et des plus combattues en France.

Le Campagnol des champs dans l'Ouest

La répartition du Campagnol des champs est particulièrement bien connue en Bretagne grâce à l'analyse des pelotes de réjection de rapaces. Dans les années soixante-dix, on considérait l'espèce comme absente du Finistère et de la majeure partie des Côtes-d'Armor, tandis que dans le nord de l'île-et-Vilaine sa présence était discontinue. Avec le remembrement et ses travaux connexes comme l'arasement des talus (75 000 km en 30 ans dans les zones concernées; 700 000 ha remembrés pour toute la Bretagne), on pouvait prévoir l'extension de l'espèce, typique des milieux ouverts. L'évolution est en fait peu marquée. Les données nouvelles de présence semblent traduire principalement une meilleure connaissance de la répartition due à une prospection plus poussée. L'extension des grandes cultures, en particulier du maïs, dans le centre Bretagne (région de Loudéac et Pontivy) au détriment des surfaces en herbe est probablement la cause principale de cette stabilité.

Extrait du livre "Les rongeurs de France" - H. Le Louarn, J P Quéré - Editions INRA 

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